Réflexions suite à l’atelier du 29/09/08

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Jonathan a bien résumé et relayé une lecture de la situation Carolo qui peut paraître décevante du point de vue d’un esprit mesuré et rationnel (est-ce que j’ai dit français?). Il y a une absence manifeste de fil conducteur et une soumission assez affligeante aux acteurs privés dans les questions d’aménagement du territoire… le tout aggravé par un manque évident de hiérarchisation des priorités… Ceci est extrêmement frustrant et en même temps, d’un point de vue “situé”, il s’agirait, non pas de “faire avec” mais de “faire à partir de”. Rien de pire que de retomber dans une posture du “on va vous montrer ce qu’on aurait pu faire si vous aviez seulement eu les moyens” mais rien de pire non plus que de préjuger “d’un il n’y a rien à espérer de vous”. Donc l’architecte situé gardera un certain optimisme pour faire émerger de la situation des forces et potentialités latentes. Rendre manifeste ce qui est potentiel, faire des manifestes des potentialités latentes.

Ceci définit un peu mieux le contexte que nous nous sommes imposé… les règles du jeu sont à définir mais elles pourraient être :

- Révéler le territoire dans ses forces (les forces de demain peuvent être les fragilités d’aujourd’hui)

- Nourrir le territoire de perpectives différentes de celles des uniques penseurs du territoire wallon soit :  les statisticiens et les promoteurs.

- Formaliser des alternatives non pour qu’elles soient réalisées tel quel mais pour qu’elles stimulent, pèsent ou compliquent les réalisations futures.

Révéler un territoire doit se faire à partir d’un point de vue qui vous anime et surtout qui s’articule avec ce qui anime Charleroi. On ne peut pas être animé par l’humain, les gens, la population, la ville, l’économie, ce sont des notions sans prise possible qui au contraire nous autorisent à éviter de parler d’un tel, d’une telle, d’enjeux identifiables…”les gens” ça n’existe pas, c’est une entité immatérielle qui permet de ne pas nommer le concerné.

Donc la vision large est nécessaire parce que nos interlocuteurs sont le nez dans leurs problèmes et que nous sommes encore des étrangers… mais elle doit fabriquer des perspectives situées qui permettent d’articuler des forces… la lecture c’est une perspective sur des faits et non un état des lieux. On fabrique cette perspective en s’accompagnant de ses questionnements et des questionnements, méthodes, propositions des autres. Vous êtes nus devant une question vaste mais personne ne vous empêche de vous habiller de  références. Nous n’avons aucun goût particulier pour la nudité des étudiants. On les préfère au chaud et de ce fait prêts à affronter les grands espaces venteux de la pensée.

Des choses émergent, nous avons besoin de saisir ce territoire à échelle plus large. Ce qui l’anime, ce qui le fabrique, ce qui y entre et en sort, ses moments de gloire et de dépit.

Il y a un territoire physique, géographique, que les humains modèlent à certaines époques avec force, à d’autres avec douceur ou négligence. Il y a une résistance du terrain, des capacités, des endroits de fragilité. Un terrain c’est un support horizontal ou en vague, qui crée des fuyantes pour les yeux et les esprits. La Belgique c’est un horizon limité par les constructions dont la dernière barrière continue s’ouvre par d’étroits couloirs sur une mer à  nouveau bouchée par les coques des porte-containers. Est-ce que la géographie peut se rappeler à nous en dehors des inondations, des glissements de terrains et des voyages en avions? Quel est le point de vue d’un géographe sur l’espace construit? C’est ranimer la surface inerte de la terre non parce qu’elle le mériterait mais parce que nous pourrions en tirer plus de joie ou moins de risque.

Il y a un territoire bâti qui est agi et a été agi par des forces humaines poussées par des motivations qui se sont imprimées en béton et en brique sous des configurations différentes. Ces configurations sont un reflet des temps…elles ont été mues et fabriquées pour être dans un rapport avec l’esprit du temps…quel temps nous est promis pour demain et quelles formes bâties devons-nous lui fabriquer?

Il y a un territoire d’acteurs qui agissent l’espace, de pensées, d’actions, qui l’agissent peut-être par la forme, qui sont à rendre présent parce qu’ils sont à la fois des relais et des sources. Peut-être que le problème qui permettra de sélectionner les acteurs est simplement le fait que eux aussi sont intéressés par l’espace ? des citoyens, des activistes, des professionnels qui agissent le territoire?

Il y a le territoire de l’industrie qui a fabriqué un Charleroi… Est-elle capable d’en fabriquer un autre? Elle tirait les ressources du sol maintenant elle les transforme, les entrepose, les convoi…

Il y a ce qui agit Charleroi de l’extérieur, parce qu’une ville n’est pas un territoire autonome mais au milieu de réseaux, en réseau matériel et immatériel…avec d’autres villes, d’autres mondes? Qu’est ce qu’une ville sans réseau…une banlieue? Est ce que Charleroi n’est plus que la banlieue de Bruxelles…une ville support qui abandonnerait à Bruxelles, Lille, Namur, ahaha, la vitalité des interactions?

Il y a le territoire administratif qui nous est légué qui a façonné des identités physiques et morales qui résistent et que le grand bon unificateur n’est pas nécessairement prêt à supprimer…

et il y a la ville invisible mais là il faut encore la travailler parce qu’elle nous échappe…visiblement

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